Nous entamons ici une série d’articles sur le travail de la vigne et de la vinification tout au long de l’année. C’est le Domaine de la Cadenière à Lançon de Provence (13) qui nous ouvre ses portes. Ce premier article est une présentation générale du domaine et des méthodes naturelles du travail de la vigne et du vin.
Les trois cyprès de Provence devant le mas signifient la bienvenue au visiteur. Tout un symbole !
Le Domaine La Cadenière est situé à Lançon de Provence, petit village à 30 km d’Aix en Provence. C'est à la suite de leurs grands-parents Louis et Léonie, qui sont les fondateurs (en 1951 avec 12ha), et de leurs parents Gérard et Pierrette, que les enfants Sylvie, Vincent, Pierre et Gabriel ont repris le flambeau en 85. Le domaine familial s'étend maintenant sur 73 hectares.
Suivant les préceptes de leur père Gérard, encore actif dans les vignes, les frères Tobias ont toujours pratiqué labour et désherbage en viticulteurs attentifs à la vigne. La volonté est de travailler toujours mieux et faire progresser la qualité. C'est ainsi qu'en 2009, ils ont commencé une conversion à la culture biologique qui les conduira à une certification pour la récolte 2011.
Le domaine est constitué de 85% de rosé, 12% de rouges et 3% de blancs que les frères Tobias sont démarré il y a quatre ans seulement. La majorité des vignes est palissée pour autoriser la vendange mécanique, tandis que 9 ha de gobelets, en vendange manuelle, sont réservés pour la cuvée de rouge.
Gabriel, Vincent et Pierre Tobias
Vendredi 6 août 2010. C’est Gabriel qui me reçoit pour répondre avec patience à toutes mes questions. En voici une synthèse.
C’est très naturellement que les frères Tobias ont décidé de passé à la production biologique, car depuis plus de 20 ans, sous l’impulsion de Gérard, le père, la famille pratique une gestion respectueuse de la vigne et du milieu. Les oliviers du domaine sont également en biologie, mais les olives sont simplement apportées à la coopérative de la Fare les Oliviers et mélangées à d’autres.
Avant de passer en conversion, les frères Tobias utilisaient les désherbants chimiques uniquement pour les plantiers (jeunes vignes), mais constatant que « cela ne fonctionnait qu’une fois sur deux », ils ont décidé d’arrêter les herbicides et d’opter pour les méthodes purement mécaniques. Cela demande bien évidemment un surcroît de main d’œuvre.
Taille en gobelet et taile en guyot (palissage)
Au Domaine de la Cadenière, les traitements n’ont jamais été systématiques comme cela se pratique en ‘conventionnel’ (en moyenne 7 traitements de fongicides par an, quoi qu’il arrive). Tout dépend des conditions météorologiques. Une humidité persistante due à des pluies répétées et la pression des maladies (principalement des champignons) devient très forte. Ce printemps 2010 a été exceptionnellement humide, « mon père n’avait jamais vu cela », nous dit Gabriel, « les vignes ont subi des grosses attaques ». Dans ces cas là, la tentation peut être grande d’appliquer les fongicides chimiques, mais les frères Tobias ont tenu bon. A ce propos, Agnès, l’épouse de Pierre intervient : « Pierre n’aurait pas utilisé ces produits, car rien qu’à sentir leur odeur, il n’aurait pas pu… ». Ils se sont limité à utiliser des produits naturels à base de cuivre et de soufre, mais avec la conséquence de pertes significatives. Les Tobias assument et sont confiants car, malgré l’année extrêmement difficile sur le plan des attaques, les méthodes naturelles ont très bien fonctionné. Et puis, il faut bien comprendre que lorsque les conditions climatiques sont favorables, il n’est nullement nécessaire de faire de traitements sur la vigne.
La conversion à la biologie dure trois ans et les frères Tobias en apprennent tous les jours. Même les fournisseurs, encore trop peu habitués, font encore parfois des erreurs dans le dosage et le mélange des produits de traitement...
La vigne puise l’eau en profondeur et le travail régulier de la terre, l’enherbement hors saison, la compétition des cultures de graminées favorise les racines profondes. En principe, donc, on n'arrose pas. Surtout pas de goute à goute comme d'autres le font !
Les pluies importantes de ce printemps 2010 (450 ml) ont donc été bénéfiques au raisin, et en cette fin de maturation des grains de raisin, une bonne pluie (de 30 à 80 ml) sans grêle ( !) serait la bienvenue pour regonfler les grains : « quand il pleut avant les vendanges, il ne pleut pas de l’eau, il pleut du vin !».
Le Domaine est certifié par Qualité France et les contrôles sont surtout administratifs (factures, cahier de suivi des cultures,…). Bien sûr, les vignes sont examinées visuellement et la proximité éventuelle de parcelles en chimie est recherchée. Mais aucune analyse du vin ou des raisins n’a encore été réalisée, ce qui étonne et déçoit quelque peu les Tobias.
Pour les frères Tobias, rien n’a changé fondamentalement dans les méthodes de culture de la vigne et le passage à la biologie se fait sans problème. Ces deux premières années ont été dures au niveau climatique, la pression des maladies a été forte, mais le bio fait ses preuves.
« Les viticulteurs en bio s’en sortent mieux les années difficiles : on est plus présents dans les vignes, on surveille la vigne comme le lait sur le feu. Tandis que les conventionnels ne se fient qu’à leurs produits : tous les 14 jours, ils traitent, et des périodes comme cette année, cela ne suffit pas, alors c’est tous les 8 jours ».
Evidemment, il faut plus de main d’œuvre : l'équipe est constituée des trois frères qui ne comptent évidemment pas leurs heures, le père Gérard toujours actif, Habib, un tunisien, spécialiste de la taille, qui travaille 8 mois sur l’année, et bien sûr les travailleurs saisonniers (il en faut 15 pour assurer les vendanges). Côté administratif et vente à la boutique, il y a Sylvie, la seule fille Tobias, et Nathalie et Agnès, les épouses de Gabrielle et Pierre. L'équipe est complétée de Julie, jeune commerciale.
85% du domaine est vendangé mécaniquement, à l’aide d’une machine moderne et performante. Le résultat est très bon : pas de feuille, peu de pourriture. Les 8 ha de gobelets de rouge sont vendangés à la main. Les grappes bien soignées toute l’année sont très belles et le tri est aisé.
On sait qu’elle ne fait toujours pas l’objet d’une certification bio européenne, les pays de l’Union ayant échoué à se mettre d’accord pour l’échéance fixée du premier juillet 2010 (voir par exemple l'article du blog midi-vin). Le désaccord porte notamment sur la quantité totale de soufre admise par la charte.
Produit conservateur très ancien, le soufre est à la fois un anti-oxydant et un anti-septique puissant. Il est donc nécessaire lors de la vinification et pour tous les vins. Mais l’emploi intensif de SO2 constitue l’un des grands abus de l’œnologie chimique et reste totalement incompatible avec l’option biologique. Il est évidemment possible de minimiser les apports en souffre en maintenant une vendange saine et une cave propre.
Le projet de certification bio portait sur un apport de 100 mg/litre pour les rouges et de 150 mg/litre pour les blancs et rosés. Or les vins de la Cadenière ne contiennent que « 45 mg/l dans les rouges et 65-70 mg/l pour les blancs et rosés ». Et à titre de comparaison, les sévères cahiers des charges Nature & Progrès et Demeter n’autorisent respectivement que 70 et 90 mg/litre. Les Frères Tobias ont donc largement gagnants !
Pour satisfaire la mode (très discutable) des vins rosés de plus en plus pâles, les frères Tobias utilisent
- des argiles (bentonite), produits naturels, pour clarifier le vin par floculation
- des PVPP (colle de synthèse) qui ont d’autres avantages (lutte contre l’oxydation, l’amertume, etc…). NB : les PVPP sont proscrits par les cahiers de charges bio, les charbons œnologiques étant préférés comme décolorants.
L’inconvénient de cette décoloration est de modifier le goût du vin (diminution des arômes), ce qui est évidemment regrettable.
« Si on fait un test de dégustation du rosé à l’aveugle, celui qui est le plus apprécié est le plus foncé. Il est donc plus que temps de sensibiliser les consommateurs au goût».
Avec l’aide de l’œnologue, les frères Tobias corrigent le goût de vin à l’aide de levures sélectionnées indigènes, càd issues du vin lui-même.
C’est ainsi que les vins de la Cadenière ne contiennent pas de gelatine pour le collage, ni de produit d’enrichissement en sucre, ni pour modifier l’acidité,…
Les frères Tobias disposent de plusieurs cuves à chapeaux flottants sur le vin, qui permettent d’avoir des contenances variables sans contact avec l’air. Ces cuves aident à la constitution d’assemblages de vins pour obtenir le résultat désiré.
C’est le cas pour le vin rouge des cuvées Prestige et Summum qui sont obtenues par assemblage de vins élevés en fûts de chêne sur des durées variables.
Ils sont de 37 à 40 hl/ha pour le rouge et 55 hl/ha pour le rosé.
« On ne peut pas faire de bons rosés avec des rendements de 40 hl/ha, car on obtient alors des vins très vineux. Ce n’est pas la tendance pour le rosé, il faut de la légèreté ».
Trois cuvées sont proposées dans les trois couleurs : la cuvée Tendance (<5€ la bouteille), la cuvée Prestige (6 à 7 € la bouteille), la cuvée Summum pour le rouge et le blanc seulement (11 à 12 € la bouteille).
Le blanc a été introduit depuis 4 ans et a beaucoup de succès, et même « une demande importante cette année (2010). Le blanc va sûrement prendre un essor en Provence dans les prochaines années».
Cuvée rouge ‘Prestige’ 2008
Médaille d’argent Macon 2010, sélection guide Hachette 2009; 87/100 au guide Gilbert et Gaillard.
70% élevé en fût de chêne français pendant 12 mois
70% Syrah, 10% Grenache, 10% Cabernet Sauvignon, 10% Carignan
Conservation : 2 à 5 ans
Cuvée blanc, ‘Tendance’ 2009
83/100 au guide Gilbert et Gaillard
Sauvignon Blanc (70%), Rolle (30%)
A boire dans les 2 ans
Cuvée rosé, ‘Prestige’ 2009,
Médaille d’Or guide Gilbert et Gaillard (note 86/100)
70% Grenache, 15% Syrah, 10% Cinsault, 5% Rolle
A boire dans les 2 ans
Ne nous attardons pas aux médailles décernées par la Confrérie des Échansons du Roy René à Aix où les médailles d’Or ‘pleuvent’ sur les coteaux d’Aix, mais les concours de spécialistes (Paris, Macon,…) et surtout les guides des vins sont autrement pertinents.
Les vins du domaine de la Cadenière sont régulièrement primés dans les concours de Paris ou de Macon. Les Guides de vins Hachette et Gaillard & Gilbert les sélectionnent fréquemment. En attestent les trois cuvées ci-dessus.
Les frères Tobias sont constamment à la recherche de la qualité et de nouveaux assemblages.
Ils ont démarré les blancs il y a quatre ans et comptent augmenter la production. La cuvée Prestige est un assemblage ou 8% du Sauvignon a passé 12 mois en fûts.
Cette année, ils vont tenter des vendanges tardives sur quelques parcelles de Grenache. C’est un risque bien sûr que les peaux fragiles du grenache soient abîmées par la pluie et que la récolte soit gâchée, mais cela peut donner un vin doux à forte concentration en arômes et en sucres.
Le Rosé effervescent est idéal pour les apéritifs et les desserts.
Plus que pour d’autres productions, le travail respectueux de la vigne et de la terre permet d’obtenir d’excellents vins, appréciés et récompensés. Les méthodes naturelles fonctionnent très bien en viticulture. La main d’œuvre nécessaire est cependant plus importante et les rendements sont plus faibles. Heureusement, les intrants onéreux sont moins nombreux. Espérons que le prix de vin ne sera pas trop augmenté une fois la certification obtenue !
Domaine La Cadenière
Route de Coudoux (D19)
13680 Lançon-de-Provence
Tél : 04 90 42 82 56
blog : www.lacadeniere.canalblog.com
Lire aussi l'article Le travail de la vigne et la vinification bio.
UN GRAND BRAVO, A GERARD
UN GRAND BRAVO, A GERARD ET PIERRETTE, ET LEURS ENFANTS POUR CES BELLES CHOSES, VIVE LA CADENIERE .ET TOUT LE MONDE DES "TOBIAS ". de la part de vos amis de MERLEBACH 57.