Créer un article

Le vin bio en PACA

Comme beaucoup d’autres, nous avons décidé à la maison de ne plus consommer que du vin bio. Ce n’est pas pour sacrifier à une mode, car cela fait trente ans que nous sommes attentifs aux produits sains et respectueux de la nature. Je me souviens que déjà dans les années '80, nous dégustions du vin du Domaine des Terres Blanches en biodynamie à Saint-Remy. Mais depuis quelques années, on constate que le public change radicalement sa façon de consommer, faisant pression sur les producteurs. Même les plus grands viticulteurs se mettent au bio. Comment pourrait-il en être autrement ? Victime d’une fuite en avant et d’un besoin irrépressible d’augmenter la productivité, au mépris de la nature et de notre santé, le vin conventionnel concentre d’invraisemblables quantités de pesticides, bien plus que les autres cultures.

Voici un (petit) état des lieux du vin bio en PACA.

PACA performante pour le bio en général

Alors que la France dans son ensemble est en retard par rapport à l’Italie, l’Espagne et l’Allemagne, (surfaces de bio en ha, en 2008)

la région PACA se débrouille extrêmement bien, puisqu’elle est tout simplement la première région française pour le bio. Avec près de 8% de SAU (Surface Agricole Utile) en bio, alors que la moyenne nationale n’est que de 2,1 %, PACA présente l’un des plus forts taux de croissance : 9,7% en 2008.

L'agriculture bio répond aux attentes des Français. 84% souhaitent qu'elle se développe et 77% estiment que le Bio est une voie d'avenir face aux problèmes environnementaux. En 2007, 4 Français sur 10 ont consommé au moins un produit bio chaque mois, 23% chaque semaine et 6% tous les jours.

Si les fruits et légumes figurent évidemment au premier rang des produits bio consommés, il n’en est pas de même du vin bio : 18% seulement des acheteurs de produits bio disent en consommer.

Pourtant le vin bio est une réelle opportunité pour les viticulteurs dans un contexte dépressif pour le marché national du vin. Il n’est un secret pour personne que la consommation de vin en France diminue régulièrement (-5% de consommation de 2005 à 2008, et cette tendance devrait perdurer). Mais, dans le même temps, le vin bio est en forte hausse (surfaces multipliées par 6 depuis 1995), car on consomme moins mais de meilleure qualité. Mieux, le vin bio est aussi un produit à fort potentiel d’exportation : notamment l’Angleterre, l’Allemagne et les pays nordiques sont friands des vins français, surtout s’ils présentent l’étiquette AB.

Pourquoi du vin bio ?

On a beaucoup parlé de ce rapport de PAN (Pesticide Action Network) Europe paru en mars 2008 et qui concernait une étude sur les vins de tous les pays. Ses conclusions sont sidérantes : les vins conventionnels présenteraient une contamination aux pesticides jusqu’à 5800 fois supérieure à celle de l’eau potable ! Ceci témoigne d’une utilisation très intensive de pesticides en viticulture – 20% de la consommation des pesticides concernent la viticulture qui ne représente pourtant que 3% de la surface agricole totale. Parmi les résidus trouvés, de nombreuses molécules sont soit cancérigènes possibles ou probables, soit toxiques pour le développement ou la reproduction, soit des perturbateurs endocriniens, ou encore des neurotoxiques. On comprend que s’il y a bien un produit qui doit être consommé bio, c’est le vin !

En matière de pesticides, la France est le 3ème consommateur mondial et le 1er consommateur européen ! Ces substances (fongicides, herbicides, insecticides, etc.) se retrouvent partout : dans nos aliments, dans l’eau des rivières et dans l’eau souterraine, dans l’air, dans les sols, dans la biomasse vivante et morte, dans le sang et le lait maternel...

C’est pourquoi, à la suite du Grenelle de l’Environnement, en septembre 2008, le ministère de l’agriculture a mise en place le plan ECOPHYTO 2018 qui vise à réduire de 50% l'usage des produits phytosanitaires en agriculture, à l'horizon 2018, si possible (Comprenez si l’agriculture française dans son ensemble reste compétitive !). Après les déclarations du Président Sarkozy au dernier salon de l’agriculture, on peut tout de même douter que la France mettra tout en œuvre pour atteindre cet objectif ambitieux…

Hormis les bénéfices sanitaires évidents, la production bio présente d'autres avantages : le bio favorise les petites exploitations dans lesquels le viticulteur garde un contact étroit avec la terre et la nature, bien loin des grandes exploitations intensives et impersonnelles, le bio favorise les circuits courts en créant des zone de chalandises locales, et le bio emploie 20 à 30% de main d'oeuvre supplémentaires, ce qui maintient le tissu social en zones rurales.

Une forte conversion de la production de vin en bio

A la suite du Grenelle, en 2007, le même ministère a lancé le programme Plan Agriculture 2012, visant à tripler la surface cultivée en bio sur 5 ans, pour passer de 2% à 6% de la surface totale (avec un objectif encore plus ambitieux d’atteindre 20% de surfaces en bio en 2020).

Pour ce faire, l’Etat a développé 5 axes :

- Structurer les filières (collecte, transformation, commercialisation)

- Favoriser la recherche, le développement et la formation

- Convertir la restauration collective (20% de bio en 2012 !)

- Adapter les réglementations aux spécificités de l’agriculture biologique

- Favoriser la conversion et faciliter la pérennité des exploitations bio.

Depuis quelques années, les vignerons français ont bien compris que leur salut, face à la concurrence mondiale, passe par la qualité et la certification bio. Aidés par l’Etat, de plus en plus de viticulteurs français se convertissent. C’est une véritable vague de fond qui modifie radicalement le paysage de la viticulture française. Les régions Languedoc-Roussillon et PACA sont moteurs de cette reconversion.

La carte suivante des surfaces viticoles en bio en 2008 montre la dynamique des départements du sud. La région Languedoc-Roussillon, longtemps considérée comme le berceau de gros viticulteurs produisant des vins médiocres au rendement élevé, est pourtant la région viticole la plus dynamique en bio, avec 8300 ha de vignes, soit 37% d’augmentation en un an !

Alors que la production de vins en PACA a diminué de plus de 9% en 5 ans, la conversion au bio est très importante. PACA présente 6700 ha de vignes (soit une augmentation de 26 % en un an), dont 45% en conversion ce qui témoigne de la dynamique régionale. On notera tout particulièrement la situation du Vaucluse, le département français le plus performant : 203 viticulteurs bio et une progression de 37,5% de la surface en Bio.

La carte suivante compare les départements de la région.

La dynamique du Vaucluse s’explique par une politique particulièrement volontariste du département :

- Présence de conseillers spécialisés par filière

- Formation collective des agriculteurs : en 2008, 50 agriculteurs ont été formés et 33 d’entre eux ont déposé un dossier de conversion !

- Information des enseignants et des étudiants : de cette façon, les jeunes ne se posent pas de question, ils démarrent en bio !

- Aide à la conversion en bio

La conversion en bio

La conversion du conventionnel au bio n’est pas simple. Pour prétendre apposer le sigle AB sur une bouteille de vin, il faut pendant une période de trois ans respecter l’intégralité du cahier des charges de la viticulture biologique, sans pouvoir utiliser la mention AB. A l’issue de cette période, le viticulteur obtient une certification auprès d’un organisme agréé. Cette période de conversion est délicate, car il faut abandonner tous les traitements classiques à base de pesticides, fongicides, insecticides, désherbants et autres produits chimiques de synthèse. Le viticulteur adoptera des méthodes de préparation des sols radicalement différentes, et combattra les maladies, champignons et insectes par des méthodes naturelles privilégiant le préventif au curatif. Au début les rendements peuvent baisser de façon significative, la main d’œuvre nécessaire sera plus abondante et des investissements seront nécessaires. Le bénéfice ne se fera sentir qu’à la troisième vendange. Les coûts de production diminuent alors puisque la viticulture en bio nécessite nettement moins d’intrants (produits extérieurs apportés), ce qui permet de maintenir les marges.

On comprend qu’il est vital d’aider les viticulteurs en conversion. Comment ? Tout simplement en consommant leur production ! Pour nous-mêmes et pour nos chambres d’hôtes, nous avons opté pour les vins du Domaine de la Cadenière à Salon de Provence, en conversion jusque fin 2011.

Qu’est-ce qui change dans un vin bio ?

Dans un prochain article, nous comparerons le travail de la vigne et de la vinification dans une exploitation conventionnelle et une exploitation en biologie. Il est impressionnant et inquiétant de prendre conscience combien les sols, la vigne et le vin sont malmenés en production conventionnelle.

A ce stade, il est important de comprendre qu’un ‘vin bio’, étiqueté AB, est plutôt ‘un vin à base de raisins issus de l’agriculture biologique’. Autrement dit, le cahier des charges AB ne concerne que le travail de la vigne, pas de la vinification. Il existe bien les labels Nature et Progrès , Demeter et FNIVAB pour la vinification, mais les vins conformes à ces cahiers des charges sont plus rares. Le Mas de Gourgonnier dans les Alpilles en est un excellent exemple. Une vinification contrôlée permet notamment de diminuer drastiquement l’usage du souffre, des additifs et des traitements thermiques. Une réglementation européenne pour la vinification des vins bio entrera en vigueur en juillet 2010. 

Les contrôles

Les contrôles portent sur l’ensemble du système de production : parcelles, lieux de stockage, transformation, comptabilité matière, conformité des recettes et produits correspondants, cahier d’enregistrement des pratiques, factures et garanties apportées par les fournisseurs, étiquettes… Des prélèvements pour analyse peuvent être effectués afin de vérifier la non-utilisation de produits interdits (produits phytosanitaires de synthèse, OGM,…). Chaque producteur est contrôlé au minimum une fois par an. La moitié des producteurs connaît chaque année un deuxième contrôle inopiné. Dans le cas d’une exploitation comportant une partie seulement de son parcellaire en bio, le contrôle porte sur l’ensemble des surfaces (bio et conventionnelles).

Les rendements et le prix ?

En biologie, on favorisera la qualité aux rendements élévés. Alors qu'en AOP (Appellation d'Origine Protégée qui remplace l'AOC), on est à 40-45 hl/ha, en biologie on sera plutôt entre 25 et 35 hl/ha. Si le rendement est moins élévé de 10 à 15%, les charges de production sont également moindres de 20 % car les intrants (produits phytosanitaires, fertilisants,...) sont moins nombreux. En principe, lorsque l'exploitation est en régime, les marges du viticulteur sont les mêmes qu'en conventionnel. On constate d'ailleurs ces dernières années que le différentiel de prix entre le vin bio et le vin conventionnel s'érode continuellement.

Comment trouver les producteurs bio en PACA ?

Il y a déjà de très nombreux viticulteurs en biologie ou en conversion dans notre région : 397 exploitants sur 1200 en 2008, soit 34% des producteurs de Bio en PACA !

La Fédération régionale de l’agriculture biologique PACA édite une brochure : ‘Où trouver des vignerons bio en PACA’. C’est une aide, mais la brochure est très incomplète.

Les annuaires bio sur internet : ils sont tout à fait insuffisants. Citons l’annuaire Bio Provence, l’annuaire de l’agence bio, le bio guide, et bien d'autres... : tous très incomplets. Il manque un véritable annuaire sur internet !

Les multiples magasins de proximité (tels Biocoop) proposent de plus en plus de vins bio locaux. Ce sont les premiers témoins de cette nouvelle dynamique. Les grandes surfaces vendent maintenant autant de produits bio que les magasins spécialisés, mais ils sont moins branchés sur le marché local.

Rien de tel que de rencontrer directement un producteur bio à la propriété. La plupart ont un site internet qui précisera s’il est en bio ou en conversion.

N’hésitez pas à demander à votre producteur conventionnel préféré quand il passera en production bio ! Cela va sûrement l’interpeler, même s’il ne vous le dit pas, car tous les producteurs y pensent et regardent avec une certaine curiosité (voire anxiété !) leurs confrères passer en conversion.

Très prochainement, nous ferons la visite d’un producteur en conversion en Bouches du Rhône : le Domaine La Cadenière à Lançon de Provence . Nous projetons aussi de créer dans quelques mois une boutique dédiée exclusivement aux vins bio (ou en conversion) de PACA. Nous collectons dès maintenant les coordonnées de vignerons motivés et convaincus, produisant de bons vins, qu'il faut soutenir sur le marché local.

Terroirs en PACA

Liens utiles

Agence bio Fédération régionale de l’agriculture biologique en PACA

Commentaires
Poster un nouveau commentaire
Le contenu de ce champ sera maintenu privé et ne sera pas affiché publiquement.

Le vin bio en PACA