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Le miel en Provence, entretien avec Philippe Léger, Charleval (13)

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Au cours d’un long entretien passionnant, Philippe Leger, apiculteur bio à Charleval (13), nous a expliqué son métier en détails. Philippe n’est pas langue de bois. Il s’insurge contre les pratiques d’une grande partie de la profession : « nous ne sommes pas beaucoup à travailler proprement ».

Dans ce premier article, nous évoquons l’apiculture en Provence. Dans un autre article, Philippe nous explique par le détail la confection passionnée d’un bon miel.  

Les abeilles et le miel

Une ruche contient 50.000 abeilles extrêmement bien organisées. Tandis que les travailleuses s’occupent de la reine, des larves et du stockage du miel, les butineuses réalisent un incessant ballet pour ramener le nectar, solution sucrée produite par les fleurs mellifères pour attirer les insectes pollinisateurs. Une abeille visite 225.000 fleurs par jour, en parcourant 100 kms, se déplaçant  jusqu’à trois kilomètres de sa ruche !  Pour produire un pot de miel, les abeilles butinent et pollinisent jusqu’à 5 millions de fleurs et parcourent une distance équivalente à  5 fois le tour de la terre !

Ce nectar, transformé par les travailleuses dans la ruche, est placé dans les cellules de cire. Après quelques jours de transformation, on obtient le miel.

La pollinisation

C’est au cours de ces voyages que les abeilles déplacent le pollen d’une plante à l’autre, favorisant la pollinisation. Plus des trois quarts des cultures qui nourrissent l'humanité ont besoin de la pollinisation par les insectes, principalement les abeilles et dans une moindre mesure les guêpes, les papillons et les mouches. Sans abeilles, les cultures fruitières (pommes, cerises, fraises…), légumières (courgettes, tomates, poivrons…) et oléagineuses (colza, tournesol) seraient menacées de disparition. Au plan économique, l'impact des pollinisateurs a été chiffré à environ 10% du chiffre d'affaires de l'ensemble de l'agriculture mondiale.

De là les craintes fondées des spécialistes face au syndrome d'effondrement des ruches.

L’abeille est une travailleuse infatigable. Placée en présence de nectar, son instinct la porte à ramener ce nectar à la ruche, le miel servant notamment de nourriture pour la colonie pendant les mois d’hivernage. Mais l’abeille est tellement efficace, qu’elle en ramène trop et c’est cet excédent que l’apiculteur récolte.  Les réserves des abeilles sont situées autour de la colonie dans le corps (partie basse) de la ruche, tandis que l’excédent est emmagasiné dans la ou les hausses placées au-dessus du corps. Donc, en principe, on ne touche pas au miel situé dans le corps de la ruche. En principe, car hélas, les apiculteurs avides de gains ne s’en privent pas…

               Ruches pour miellée de garrigue, sur la commune du Rove (13)

Le miel en PACA et sur les marchés de Provence

Les Apiculteurs provençaux sont 4 500 et exploitent près de 165.000 ruches dans la région Provence-Alpes-Côte d’Azur, première région française par le nombre d’apiculteurs professionnels (350). La production en miel de Provence s’estime autour 2.000 tonnes par an, soit 8 % de la production nationale. La principale production est le miel de lavande qui représente en année normale plus de la moitié de la production totale.

Quant à l’apiculture bio en PACA, elle est très peu répandue : seulement 18 apiculteurs bio en 2008 pour 4300 ruches, en légère augmentation annuelle (+4%).

Philippe Léger était au départ ouvrier agricole. Il a commencé avec une ruche, conseillé par l’oncle de son épouse Jenny. Cela fait 10 ans qu’il est dans les abeilles de production, et pour cela il est retourné à l’école à 35 ans. Il est en biologie depuis 7 ans. Pour le miel c’est vraiment important, car il est de plus en plus difficile de trouver du miel propre…

Philippe Leger n’est pas tendre avec les vendeurs de miel sur les marchés provençaux. On savait déjà  que des marchands peu scrupuleux fraudent sur la provenance de l’huile d’olive par exemple, et on sait bien qu’il est conseillé de plutôt faire ses achats directement chez un producteur. Hélas, il en est de même pour le miel car, comme pour l’huile, il est aisé de frauder par mélange.

« Il y en a très peu qui travaillent proprement. Sur les marchés, beaucoup de vendeurs (les ¾ ?) de miel sont en fait des revendeurs; beaucoup vendent du miel importés du Canada , d’Espagne ou même de Chine et ils mettent leurs étiquettes dessus… quand ils ne rallongent pas le miel ! Pour l’acheteur, c’est impossible à détecter ! D’accord qu’ils vendent des productions autres que les leurs pour 15 ou 20%, mais pas l’inverse. Or, pour un produit qu’ils ont réellement produit eux-mêmes, ils en revendent 50. »

Et même concernant  la production locale, de nombreuses pratiques impactent significativement la qualité des produits proposés :

  • «La plupart font chauffer le miel pour le récolter ; cela  élimine la majeure partie des éléments nutritifs du miel.
  • ils mettent des boules de naphtaline dans les hausses pour empêcher la teigne de s’installer 
  • ils récoltent aussi le miel du corps de la ruche (15 kgs !), càd qu’ils enlèvent toute la nourriture des abeilles. Puis ils balancent 30 kgs de sirop de maïs ou de betterave pour les nourrir.
  • certains nourrissent les abeilles au sirop même pendant les miellées.
  • ils allongent leur production avec des miels importés »

« Le miel sur les marchés c’est trop souvent : ‘Un grand sourire et puis ‘prend ton miel pourri et tire-toi !’ »

Le miel est un produit onéreux, de 10 à 15 € le kg. Quand on sait qu’une ruche permet de produire 20 à 50 kgs (uniquement le miel des hausses) par an et que les gros apiculteurs peuvent disposer de plus de 1000 ruches, on comprend que certains producteurs ou conditionneurs peu scrupuleux sont tentés de faire n’importe quoi.

Les labels

Devant ce constat, il est important de faire confiance à des chartes contraignantes de qualité. Trois labels existent : le Bio, le Label rouge et l’IGP ‘Miel de Provence’.

Le bio

Les syndicats d’apiculteurs ont vraiment freiné des 2 pieds, car en certifiant un miel bio, on laisse entendre que d’autres miels ne seraient pas vraiment naturels, ce qui ne plaît pas vraiment à tout le monde...

En résumé, voici les contraintes qu’impose le Label Bio

  • les reines doivent être européennes. « Les gros producteurs les font venir d’Argentine et les abeilles qui en résultent ne sont pas adaptées à notre climat ». Philippe renouvelle lui-même ses reines, et quand il doit en acheter, il se fournit en Macédoine ou au Danemark.
  • une période de conversion des colonies d’un an pour obtenir la certification bio.
  • les ruches sont situées à au moins trois kilomètres de toute source de pollution, et notamment des cultures conventionnelles ‘saucées’.
  • chaque producteur fournit l’emplacement précis des ruches sur un plan Google ou IGN.
  • les abeilles ne sont nourries que de miel, de pollen et d’eau. un apport sucré complémentaire n’est possible qu’en cas de gros problème pour la viabilité de la colonie. Cet apport est limité et doit être consigné par écrit. Il ne peut y avoir d’alimentation artificielle pendant les miellées. Autrement dit, hors de question de leur retire le miel.
  • Les miellées ne peuvent être mélangées, garantissent ainsi la traçabilité.
  • La lutte contre les maladies et parasites doit d’abord être préventive (renouvellement et sélection des reines, contrôle sanitaire, destruction des ruches contaminées, etc…
  • Seuls certains produits curatifs sont permis, notamment contre le varroa
  • Interdiction de mutiler des reines (couper les ailes) pour les empêcher d’essaimer (!). Et oui, cela se fait…
  • Les répulsifs  chimiques sont interdits pendant la récolté du miel
  • Pas de naphtaline, pesticides, OGM, antibiotique…   
  • La teneur en eau est contrôlée (limitée à environ 20%) ; ce sont les abeilles qui assèchent le miel.
  • Le miel ne peut être chauffé au-delà de 40° pour le défigeage à la récolte du miel sur les cadres
  • le taux de HMF (Hydroxyde Metal  Furfurant) doit être inférieur à 10mg/kg pour le vrac et 15 mg/kg pour le miel en pot. permet de savoir si le miel a été chauffé. Ce taux augmente aussi avec l’âge du miel, lors de sa cristallisation.
  • l’analyse du pollen résiduel dans le miel permet de connaître son origine géographique, et de déterminer de quelles fleurs il provient (c’est l’ADN du miel).  

Philippe léger est depuis 7 ans en bio, certifié par Qualité France. Il estime en avoir très peu de reconnaissance, mais il peut néanmoins le vendre un peu plus cher. « C’est un petit plus, je valorise mieux ma production. »

« Le bio ce n’est pas pour l’argent, c’est ma façon de travailler. J’ai toujours travaillé comme ça. Il faut trouver des endroits corrects, loin des grandes cultures, sauf bien sûr celles de la lavande. Mais le principal c’est ce qu’on fait dans la miellerie ! » 

Les contrôles en bio

Outre les contrôles administratifs, la cire est analysée chaque année. Elle révèle tous les produits utilisés durant l’année.

« Ils y recherchent  5 pesticides (notamment le Coumaphos et le fluvalinate), mais ils ne cherchent pas les bons... »

« Je demande aussi une analyse du miel de lavande et je paie 350 € pour cela : cela permet d’obtenir :

  • le taux d’Hydroxyde Metal  Furfurant (HMF) qui permet de détecter si le miel a été chauffé
  • l’analyse en pollen pour connaître la pureté du miel
  • le taux d’humidité » 

Le Label Rouge

Le Label Rouge ne concerne que le miel de lavande et le miel toutes fleurs. Le spectre pollinique est analysé pour vérifier l’origine provençale des fleurs. Colza, tournesol et luzerne ne sont tolérés que sous forme de trace. Le taux de HMF est limité (< 20 mg/kg), de même pour le taux d’humidité (<18%). Les tests organoleptiques sont effectués.  

La Certification CCP (Certification de conformité Miel de Provence)

Le CCP assure la promotion et la protection du miel de Provence. Sont concernés les miels de thym, romarin, bruyère, lavande, toutes fleurs, miellat. Le spectre pollinique est analysé pour vérifier l’origine provençale des fleurs. Colza, tournesol et luzerne ne sont tolérés que sous forme de trace. Le taux de HMF est toléré élevé (< 40 mg/kg). Les tests organoleptiques sont effectués.  Le mot Provence est désormais interdit dans la dénomination d’un miel qui n’est pas certifié.

L’IGP (Indication géographique protégée)

Cette certification précise une aire géographique strictement définie.

Philippe est réservé par rapport à ce label à l’initiative des syndicats d’apiculteurs. Ce serait selon lui le prétexte à légitimer certaines pratiques en Provence, notamment celle de prendre tout le miel des corps et de nourrir les abeilles au sirop.

Conclusion

Il faut être très attentif quand on achète du miel, notamment sur les marchés. S'assurer que que le vendeur en est le producteur. L'interroger sur ses méthodes de production : chauffe-t-il le miel ? D'où viennent les miellées? Comment nourrit-il ses abeilles ?

Les labels AB et Label Rouge sont assez contraignants et donnent des garanties certaines. Mais, comme toujours, rien ne vaut la relation de confiance avec un apiculteur qu’on connaît bien.

Commentaires

Voilà un article très

Voilà un article très intéressant. Merci.
Je suis surprise par l'utilisation de naphtaline puisque j'ai voulu en acheter récemment et on m'a dit que la naphtaline n'est plus commercialisée puisque suspectée d'être cancérigène. Moi, c'était juste pour essayer de chasser des souris par l'odeur, mais dans les ruches cela paraît réellement très inquiétant !

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