Frégni est un écrivain passionnant. On attrape vite le virus Frégni ! Démarrer l’un de ses livres, c’est le terminer sans le lâcher. On s’enthousiasme pour ses personnages qu’il dépeint avec amour, qu’ils soient écrivain raté ou dangereux meurtrier. Car le style est vif, nerveux, alerte, fait de courtes phrases où les mots traduisent la passion, l’amour, la sensualité…; Frégni écrit comme un réalisateur filme la caméra au poing. Il suit ses personnages au plus près. On les sent, on les hume, on les respire.
Déserteur à 19 ans, il est emprisonné quelques années plus tard et commence sa carrière d'écrivain en écrivant des poèmes qui lui permettent de s'évader mentalement de la prison. Il vit à Manosque mais son cœur bat à Marseille. La ville est presque au centre de tous les polars qu'il écrit. Sa vie aussi. René Frégni quitte chaque semaine un petit cabanon au milieu des vignes près de Manosque pour animer un atelier d'écriture aux Baumettes.
"C'est un travail dur et riche qui apporte des histoires et rend plus humain. C'est un temps aboli, empli d'échanges et de complicités. Aux Baumettes je rencontre des hommes qui ne sont pas comme les autres. Un peu comme des machines qui tourneraient trop vite ou mal. Je les amène sur ce terrain des mots et je les vois, peu à peu, venir à l'émotion.Ils habitent la prison. Moi, c'est la prison qui m'habite. Comme une expérience trop forte, comme quelque chose qui m'accompagnerait jour et nuit, comme une musique de cris de fer".
En 1996, il écrit Où se perdent les hommes ? : Ralph est un écrivain médiocre qui anime dans une prison un atelier d'écriture. Il s'intéresse au cas de Bove, condamné pour avoir tué sa femme. Ce dernier, introverti, est en fait obsédé par sa femme qu'il peint sans cesse avec un étonnant réalisme. Ralph se passionne pour Bove, et pour qu’il soit tout entier à sa peinture, il le fait évader des Baumettes… Cela donne un récit passionné sur le milieu carcéral, la solitude, le désespoir. Frégni s’attache à déceler toute l’humanité de ces condamnés.

En 1998, il écrit Elle danse dans le noir : Autour de la chronologie de la disparition pénible de sa mère, René Frégni tisse les moments de désespoir provoqués par ses amours perdues. Dans la touffeur de l’été jeté sur Manosque, René Frégni ne dort plus, son cœur bat trop fort, écrase tout. C’est un homme foudroyé qui se débat, qui s’accroche au mots pour ne pas se pendre… Elle danse dans le noir, prix Paul Léautaud en 1998, un récit autobiographique vibrant, un hymne d’amour à sa mère, à sa fille mais aussi à ses amours perdus. Remarquable écriture, un très joli bouquin à recommander !

Vivement les prochaines lectures...