Le roman, écrit à la première personne, se présente comme le journal de bord apocryphe du moine cistercien Guillaume Balz qui a été chargé par son ordre de reprendre et de terminer la construction de l'abbaye du Thoronet (construite en Provence entre 1160 et 1176). Le journal couvre la période qui va du 5 mars au 5 décembre 1161. (de wikipedia)
Si comme moi vous êtes sensibles à l'âme des abbayes, à l'atmosphère qui s'en dégage, même sans avoir la foi, alors vous allez adorer ce petit roman passionnant, qui se lit d'une traite. Vous découvrirez concrètement les difficultés de la construction, les événements heureux ou tragiques, les faiblesses et le courage des hommes, l'organisation difficile des corps de métiers, la foi qui anima les constructeurs, les doutes qui assaillèrent le maître bâtisseur. A l'issue de la lecture, vous n'aurez qu'une envie c'est d'aller découvrir ou revisiter l'une des trois abbayes cisterciennes de Provence (Le Thoronet dont il est question ici, Silvacane, Sénanque) ou encore Montmajour dont j'apprécie plus particulièrement le mystère des lieux...
Fernand Pouillon, architecte majeur du XXème siècle a imaginé le journal de bord du maître d’œuvre de la construction du Thoronet, Guillaume, moine cistercien, depuis le jour de mars 1161 lorsque avec quelques frères ils choisissent le terrain en pente douce encombré d’arbustes, jusqu’au moment où le chantier a véritablement commencé, quand le plan de l’église, du cloître, du lavabo, des dépendances est tracé sur le sol et les premières rangées de pierres sont montées.
Le temps de préparation est très long : il faut trouver les carrières, choisir les arbres à abattre, découvrir le gisement d’argile qui fera les tuiles, fabriquer les outils, obtenir de l’abbaye mère les avances nécessaires, en particulier de la nourriture tant que les jardins ne donnent pas leur récolte. Mais il faut aussi mener toute une troupe de travailleurs, composée de statuts différents (moines, frères convers, compagnons) et de personnalités fortes (Paul le tailleur de pierre, Joseph le potier, Antime le forgeron).
L’organisation de la vie quotidienne est dictée par la Règle de Saint Benoît mais bien souvent chez Guillaume le religieux est dépassé par l’architecte.
Le journal fait état des difficultés techniques, de l'avancement des travaux, émaillés d'incidents ou d'accidents, des problèmes financiers et des questions doctrinales rencontrées.
C'est l'occasion pour le moine d'une méditation personnelle sur l'ordre des choses, sur l'architecture et, à travers l'architecture, sur la création, surtout lorsqu'elle est animée par la foi.
Sans que Fernand Pouillon fasse état de ses propres convictions religieuses et métaphysiques, Les Pierres sauvages est l'occasion pour lui de dresser son autoportrait en moine bâtisseur. Fernand Pouillon a mis dans cet ouvrage toute sa science de bâtisseur amoureux de l’art cistercien, et son talent d’écrivain (récompensé en 1965, par le prix des Deux-Magots) nous fait vivre le caprice de la pierre, la susceptibilité des hommes, et les désagréments du mauvais temps : « un jour mouillé et froid, où le ciel ne vaut pas la peine qu’on se dérange davantage, où les chaussures, qui ont sucé les pieds à petits bruits, sont molles comme des tripes et ont besoin de sécher longtemps pour durcir ».
Pour en savoir plus sur l'abbaye du Thoronet