« Les anti-pesticides gagnent la guerre du vin » ainsi titrait ENVIRO2B en février dernier. Les producteurs (conventionnels, cela va sans le dire) de vin étaient déboutés dans le procès où ils attaquaient l'association écologiste MDRGF pour dénigrement. En effet, Le MDRGF avait ‘commis’ deux études intéressantes en 2008 qui ne leurs avaient vraiement pas plus... Et pour cause ! Je sais que ces études datent un peu, mais elles sont toujours d'actualité. Mieux vaut enfoncer le clou une fois de plus !
1° Pesticides dans des raisins: 5 pays de l’UE testés (novembre 2008) Une grande enquête a été menée par 5 ONG, dont le MDRGF pour la France, dans 5 pays européens (Italie, France, Pays-Bas, Hongrie et Allemagne) dans des magasins appartenant à 16 enseignes différentes. 124 échantillons de raisins issus de l’agriculture intensive ont été analysés, par un laboratoire allemand spécialisé, afin de rechercher d’éventuels résidus de pesticides. Les résultats sont préoccupants. Cette étude comparative montre que tous les consommateurs européens sont concernés. La France est particulièrement touchée. Les 25 échantillons de notre pays provenaient de 11 magasins de 5 enseignes (Aldi, Auchan, Carrefour, Intermarché et Lidl) répartis dans 3 régions (Picardie, Haute-normandie et PACA). Les échantillons testés dans notre pays contenaient en moyenne 8,5 résidus de pesticides par échantillon ! 16% des échantillons (soit 4) dépassaient les limites maximales en résidus légales ! Dans 12% des échantillons (soit 3), on a retrouvé des pesticides interdits d’usage dans le pays de production !
« Cette situation est inacceptable. La contamination des raisins par des substances préoccupantes est massive. » déclare F. Veillerette, Président du MDRGF et administrateur du réseau PAN-Europe. « Les pouvoirs publics doivent prendre leurs responsabilités par rapport aux situations d’illégalité que nous avons mises en lumière. Nous demandons au gouvernement français de soutenir la position de la Commission Environnement du Parlement Européen qui appelle à l’exclusion des substances classées CMR ou perturbatrices endocriniennes afin que le consommateur ne les retrouve plus dans ses aliments. Nous appelons également les chaînes de supermarché à tout mettre en œuvre pour baisser les niveaux de résidus de pesticides dans leurs produits en appliquant des standard plus exigeants à leurs fournisseurs que ceux prévus par la loi ».
Voir l’étude complète .
2° Pesticides dans le vin : 100% des vins non bio contaminés (mars 2008) PAN Europe (Pesticide Action Network Europe), dont le MDRGF fait partie, publiait une étude qui a fait grand bruit. Cette étude teste la présence de pesticides dans les vins conventionnels. Sur les 2163 échantillons de raisins évalués, 57% des tests se sont révélés positifs pour au moins un pesticide. 5% des échantillons contenaient des pesticides au-delà des limites légales. Parmi les résidus les plus souvent détectés se trouvaient plusieurs fongicides synthétiques: la procymidone, le dicarboximidequi était présent dans 22,41% des échantillons de raisins évalués, l'iprodione, l’ imidazole qui a été détecté dans 16,26% des échantillons de raisins évalués etc.
Or, en 2005, le ministère français de l'agriculture a publié une étude qui concluait que 30% des pesticides contenus dans les raisins pouvaient être transférés dans le vin ( bizarre, bizarre, plus possible de remettre la main sur cette étude…).

Voir l'étude complète . Voir aussi l'intervention d'une vigneronne en 2008 sur Rue89.
L’Agreste publie régulièrement des données concernant les pratiques en viticulture. Le dernier rapport concernant PACA date d’octobre 2009 dont on retiendra les deux graphiques suivants. Même si la vigne en PACA est mieux traitée qu’ailleurs concernant les fongicides et les insecticides (du surtout aux conditions climatiques favorables), on note tout même 7 arrosages de fongicides en moyenne par an (mais 18 en Champagne !).
L’approche du viticulteur bio est totalement différente : favoriser l’équilibre naturels des sols, de la flore et de la faune, observer attentivement le comportement de la vigne, détecter les dysfonctionnements, agir préventivement par des moyens naturels non agressifs. La culture biologique de la vigne est régie comme l’ensemble des productions végétales biologiques par les règlements européens 834/2007 et 889/2008 , commun à l’ensemble des pays de l’Union Européenne. En voici un résumé.
En agriculture biologique le travail des sols revêt une importance capitale :
Conséquence évidente de cette approche : la nécessité d’une main d’œuvre importante et d’un matériel spécifique éventuellement couteux. Un signe minimum de reconnaissance d'une vigne en bio est la présence d'enherbement entre les rangs, alors qu'en viticulture conventionnelle, on verra des rangs bien nets et bien propres, sans la moindre mauvaise herbe !
Bien entendu aucun pesticide chimique n'est permis (herbicide, fongicide, insecticide, parasiticide) ni aucun aucun engrais minéral (chimique). En fait, lorsque les cultures sont en équilibre, les attaques sont rares. Les prédateurs naturels, respectés et protégés, remplissent pleinement leur fonction régulatrice vis-à-vis des insectes nuisibles. Les seuls produits utilisés en bio sont naturels et se résument à :
La flavescence dorée (bactérie) représente un risque majeur en agriculture biologique car il existe très peu de moyens naturels de lutte. Elle représente une double menace : outre la perte des vignes, celle de la certification en cas d’utilisation de produits non autorisés dans le cahier des charges. En effet aucune dérogation n’est accordée pour l’emploi de produits chimiques organiques de synthèse, même pour cause de traitement obligatoire. Cela dit, les accidents sont rares quand la vigne est en harmonie avec son milieu.
Le palissage permet d’augmenter la surface foliaire (la quantité de feuilles) et son exposition au soleil. En effet, le degré de maturité du raisin dépend de la qualité de photosynthèse et donc de la surface folière. La taille est le travail de base du vigneron. Elle détermine la production de chaque cep et donc la qualité du raisin. Le but de la taille est double : aérer la vigne et limiter les rendements : cela correspond à une production, si tout va bien, de 25 à 30 hectolitres par hectare. En juin et juillet, les vignes sont effeuillées du côté du Levant pour permettre aux rayons de soleil de sécher la rosée du matin. En septembre, l’effeuillage se fait du côté du Couchant ce qui permet aux rayons du soleil plus forts en soirée de colorer les baies et d’en diminuer l’acidité.
Idéalement, la récolte doit être manuelle pour trier correctement le raisin. Les coupeurs ramassent les belles grappes (tri sur fil) et les amènent à la cave où les raisins sont encore triés, baie par baie. Seules les baies mûres et saines sont conservées, les autres sont éliminées.
Le règlement européen CE 834/2007 inclura à partir du premier juillet 2010 les directives en matière de certification bio pour la vinification. Lire notamment les documents - Règles de vinification en bio (article de l'Itab en décembre 2008) - Le projet de nouvelle règlementation sur la vinification bio. (article de Bio Provence en mars 2010) Les règles de vinification concernent tous les additifs et principalement le soufre (sous forme de SO2) utilisé massivement en vinification traditionnelle. Se soufre a un rôle de conservateur, d'antioxydant, d'antibactérien et il influe aussi sur la couleur. Il est impossible de s’en passer. La nouvelle réglementation de juillet 2010 va réduire drastiquement les additions de soufre permises. Les mesures actuelles montrent que plus de 3/4 des vins bio rouges sont d’ores et déjà conformes, par contre seulement un peu plus de la moitié des blancs le sont : une amélioration des pratiques de vinification reste donc à envisager (Etude Languedoc-Roussillon Sept. 2009) . La nouvelle réglementation viendra s’ajouter aux chartes déjà existantes de Nature & Progres , Demeter , FNIVAB , Biodyvin. Les autres produits autorisés, de façon très précise, lors de la vinification concernent : - Les Levures - Les produits d’enrichissements en sucres - Les produits d’acidification ou de désacidification - Les colles pour clarifier le vin - Les Produits de filtration - Les colorants (charbon de bois E153 seulement !) Les végétariens seront étonnés de savoir que les vins conventionnels contiennent de la gélatine bovine ou porcine pour assurer le collage du vin. On pourra télécharger ici le très intéressant document de l’ITAB qui compare les divers règlements à ce sujet. Plus de 50 produits sont couramment utilisés en vinification traditionnelle ! On privilégiera évidemment les vins Natures & Progrès ou Demeter dont les chartes, les plus exigeantes, n’autorisent que très peu d'additifs lors de la vinification.
Chaque organisme dispose d'une liste d'adhérents. Ceux-ci sont certifiés et contrôlés régulièrement. Nous avons extrait de ces listes les viticulteurs PACA qui font donc de réels efforts pour fournir du vin de qualité dont l'emprunte écologique est la plus faible. Découvrez et testez leurs vins, apportez-leur votre support, faites passez le message autour de vous. Il y va de la santé de tous.
On reviendra plus en détails sur certains de ces viticulteurs dans un proche avenir. Voir l'article sur le Domaine de la Cadenière des frères Tobias à Salon de Provence, qui en sont à leur deuxième saison de conversion en biologie.